Biogaz, méthanisation et biocarburants
À côté de la combustion du bois, la matière organique se valorise sous forme gazeuse et liquide. Ces filières sont plus récentes, plus techniques, et plus discutées.
La méthanisation
C'est un procédé biologique : en l'absence d'oxygène, des bactéries dégradent la matière organique et produisent un mélange de méthane et de dioxyde de carbone, le biogaz, ainsi qu'un résidu, le digestat.
Les intrants sont des effluents d'élevage, des résidus de cultures, des déchets d'industries agroalimentaires, des biodéchets de collectivités et des boues de stations d'épuration.
Le biogaz produit peut être brûlé en cogénération pour produire électricité et chaleur, ou épuré pour donner du biométhane injectable dans le réseau de gaz naturel, chimiquement identique à celui-ci.
Ce que la méthanisation apporte
Une énergie renouvelable et stockable, ce qui est rare : contrairement au solaire et à l'éolien, le biométhane s'injecte dans un réseau qui dispose d'une capacité de stockage considérable.
Une réduction des émissions de méthane des effluents d'élevage, qui se seraient dégradés à l'air libre, le méthane ayant un pouvoir de réchauffement plusieurs dizaines de fois supérieur à celui du CO₂ sur vingt ans.
Un revenu complémentaire pour les exploitations agricoles, et un digestat utilisable comme fertilisant en substitution d'engrais minéraux, dont la fabrication est très émettrice.
Les objections, examinées
Elles existent et méritent une réponse honnête.
La concurrence avec l'alimentation : la réglementation française limite la part de cultures principales dans les intrants d'une installation. Le risque existe néanmoins que des cultures intermédiaires occupent des terres et des intrants qui iraient ailleurs.
Les fuites de méthane : une installation mal étanche annule une partie de son bénéfice climatique. Les campagnes de mesure ont conduit à renforcer les exigences de conception et de contrôle.
Les nuisances locales : odeurs, trafic de camions, crainte pour les nappes. Ces installations relèvent du régime des installations classées, avec étude d'impact et enquête publique au-delà de certains seuils.
Et la taille des projets : les unités à la ferme, dimensionnées sur les effluents disponibles à proximité, soulèvent nettement moins de difficultés que les grandes unités territoriales qui collectent loin.
Les biocarburants
Ils se répartissent en générations, et la distinction est essentielle.
La première génération est produite à partir de cultures alimentaires : éthanol issu de betterave, de blé ou de maïs, esters issus de colza, de tournesol, de soja ou de palme. Son bilan environnemental est contesté, en raison de la concurrence avec l'alimentation et, surtout, du changement d'affectation des sols indirect, une culture énergétique qui déplace une culture alimentaire ailleurs, parfois sur des terres déforestées.
L'huile de palme a, pour cette raison, été exclue du dispositif de soutien français.
La deuxième génération est produite à partir de résidus lignocellulosiques : pailles, bois, déchets. Elle ne concurrence pas l'alimentation, et sa mise au point industrielle reste lente et coûteuse.
La troisième génération, à partir de microalgues, demeure au stade de la recherche malgré des annonces répétées.
Où ces filières ont le plus de sens
Une remarque de bon sens économique et physique.
La ressource en biomasse est limitée, et sa production nécessite des terres. Elle doit donc être orientée vers les usages qui n'ont pas d'alternative.
Pour un véhicule léger, l'électricité est plus efficace : le rendement de la chaîne complète est plusieurs fois supérieur à celui d'un biocarburant.
En revanche, l'aviation, le transport maritime, certains procédés industriels et l'agriculture disposent de peu de solutions : ce sont les débouchés où les carburants issus de la biomasse sont les plus justifiés, et les évaluations publiques convergent sur ce point.